A propos

Le geste est au coeur de mon travail. Socle d’une exploration constante, il est source d’apparition de la forme et d’un territoire de pensée. 

Depuis mes débuts, j’explore la peinture comme un processus. Je me situe dans la lignée des pratiques gestuelles et de certains courants de l’art occidental du XXᵉ siècle — art brut, abstraction lyrique, action painting, arte povera, minimalisme — et dans un lien avec la culture orientale par la calligraphie ou encore les travaux des courants Mono-ha (Japon) et Dansaekhwa (Corée). J’aspire à ce que l’œuvre se lise autant dans l’acte, dans le geste, que dans son résultat, par une présence de ma part et une résonance avec la matière, l’instant, le lieu de réalisation  et le public.

Mes premiers travaux (2013 – 2017), fondés sur le frottement et le grattage, relèvent d’une exploration presque ethnographique. De grandes figures d’allure tribale – série des Rencontres – y surgissent, témoignant d’un rapport direct à l’inconscient, à l’imaginaire onirique. Cette période puise dans une énergie primaire, viscérale, proche de celle que l’on associe aux arts premiers : un espace d’universalité où le geste fait émerger des structures archaïques.

La rencontre fortuite avec le rouleau de peinture ouvre une seconde phase (2017 – 2020), marquée par la répétition non reproductible du geste, dans un détachement net du figuratif des premiers travaux vers l’abstraction. À travers cet outil simple, je m’ouvre à des expérimentations aléatoires avec mon rouleau préparé (clin d’oeil au piano préparé de John Cage) : Chaque passage de mon rouleau, préparé et saturé de peinture, engendre un paysage suggéré, une topographie imprévue faite de superpositions et de rythmes. Le hasard devient un moteur, révélant des images qui semblent affleurer plutôt qu’être construites.

L’utilisation directe de la main (2020 à aujourd’hui), comme retour à l’expression originaire de mon désir de peindre, constitue pour moi une redécouverte de l’essence du geste. Dépourvu d’outil, le mouvement de la main, du bras, du corps devient plus immédiat, plus présent dans l’instant, sans retenue, ce que je décris comme la « sincérité du geste ». Cette phase n’appartient ni à l’explosion primitive de mes débuts ni à la mécanique du rouleau, mais à une forme d’évidence gestuelle, mon geste dans son évidente singularité. 

La série Traces vient poser de manière archaïque par le démarrage de l’élaboration d’un geste et l’élaboration de traces par la main, le sujet de l’origine et de l’interdépendance des éléments, des couleurs, de la transmission de la mémoire comme une évidence de la structure de tout système. 

La série Ecritures, suite des Traces, se vivent comme des calligraphies « a-sens », venant capter l’instant, formant une écriture au delà du langage et de l’écrit usuel. Ces écritures se nourrissent de ce qui constitue notre présence et ses manifestations (gestes, respirations, paroles, etc …) et l’interaction avec tout ce qui nous entoure (influence des lieux, des éléments .)… – Tout est écriture – devient le coeur de mon propos, l’expression d’une énergie qui relie.

Je souhaite porter par ma peinture un espace où mouvement et apaisement résonnent. Je place  l’art et mon engagement artistique dans un processus de sérénité et d’apaisement. La série Propagations  (depuis 2024) en témoigne, lecture à double sens, incursion d’une matière vivante dans un espace silencieux et déploiement du silence dans un mouvement bouillonnant. La propagation est un mouvement au centre de la vie en interaction avec le silence et la place qu’il laisse et prend. C’est un travail contemplatif de la main et de la respiration.

Mon travail s’exprime aussi dans le cadre de performances et renforce la dimension relationnelle entre ma présence, le public, le lieu et l’oeuvre. Dans la performance, ces altérités génèrent des effets de résonance qui influent naturellement la nature même de mon geste. Performer dans des  lieux dédiés à l’art mais aussi dans des lieux du quotidien, auprès de publics plongés dans une disposition particulière, celle d’un « instant localisé », permet à ces résonances de se déployer davantage et d’y trouver une expression plus large. 

L’épuration progressive de ma palette jusqu’à un vert composé de neuf couleurs manifeste ma volonté d’identité chromatique et d’économie visuelle. 

Je vis ma peinture comme un mode d’être-au-monde plutôt qu’une représentation du monde : un espace où s’accordent calme, attention, musique, philosophie, danse et perception. Chaque œuvre est la trace d’un moment d’existence, d’un état intérieur, d’une relation entre mon corps et la réalité de l’instant.

L’énergie spontanée de la main dans l’instant et la relecture détachée de mes travaux a posteriori m’amènent à passer du corps à l’esprit, à construire une pensée,  à explorer des  espaces philosophiques (les travaux de Jacques Derrida sur la trace et l’origine ont nourri la série des Traces – ceux de Nishida Kitarō dans la relation corps-esprit), scientifiques (le cosmos), artistiques (la danse, le corps dans les champs psychologiques) ou encore spirituelles (le Zen).  

Je déploie ma pratique dans un dialogue entre énergie instinctive et conscience méditative, entre hasard et cohérence, entre archaïsme et enjeu a- temporel à travers un geste, en résonance avec la matière, l’instant, le lieu, soi-même et l’autre.

Mon atelier est en métropole lilloise.

Dossier de présentation Ludovic Pessin

Catalogue  » De la trace à l’écriture  » – 2017 /2023

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